La BRVM pour les nuls : comment acheter des actions en Afrique de l'Ouest
Cet article est à caractère éducatif. Ma Retraite Jeune n'est pas un conseiller financier agréé. Pour toute décision financière importante, rapprochez-vous d'un professionnel qualifié.
Beaucoup de gens pensent que la bourse, ce n’est pas pour nous : un truc de New York, de Paris, pas d’Afrique. C’est faux. Il existe une bourse ici même, en Afrique de l’Ouest, et la plupart des gens qui pensent qu’elle n’existe pas pour eux n’en ont tout simplement jamais entendu parler.
Voici ce qu’est la BRVM, comment elle fonctionne, si c’est vraiment aussi risqué qu’on le dit, ce qu’on peut concrètement y acheter, et comment ouvrir un compte étape par étape, même sans rien connaître à la bourse aujourd’hui.
C’est quoi la BRVM ?
Le mécanisme est simple : des entreprises qui ont besoin d’argent pour grandir, et des gens qui peuvent devenir copropriétaires en achetant une petite part de ces entreprises. La BRVM, c’est exactement ça, à notre échelle.
BRVM veut dire Bourse Régionale des Valeurs Mobilières. Elle est basée à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Créée en 1996, elle a démarré ses activités le 16 septembre 1998 : elle a donc plus de 25 ans d’existence. Elle regroupe les entreprises cotées de huit pays d’Afrique de l’Ouest, tous les pays de la zone UEMOA : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
Ça veut dire une chose importante : en ouvrant un compte pour investir à la BRVM depuis le Bénin, on n’achète pas seulement des entreprises béninoises. On peut devenir actionnaire d’une entreprise sénégalaise, ivoirienne ou togolaise, avec le même compte.
Et ce compte, on l’appelle un compte-titres. Un compte-titres ressemble à un compte bancaire classique, sauf qu’au lieu de contenir de l’argent, il contient des parts d’entreprises et des obligations qu’on détient. C’est là que sont enregistrées, à votre nom, toutes les actions ou obligations achetées à la BRVM.
Pour donner une idée de la taille de ce marché : selon les données publiques de la BRVM, la capitalisation totale du marché des actions dépasse aujourd’hui les 17 000 milliards de FCFA, soit plus de 25 milliards d’euros. Le marché des obligations dépasse, lui, les 13 000 milliards de FCFA, plus de 20 milliards d’euros. Ce n’est pas un petit marché de coin de rue : c’est un vrai marché financier, avec de vraies entreprises et de vrais volumes d’échange chaque jour.
Deux sigles à démystifier tout de suite. Le premier, l’AMF-UMOA (Autorité des Marchés Financiers de l’Union Monétaire Ouest Africaine, anciennement CREPMF), c’est le gendarme du marché financier régional : elle contrôle et autorise tous les acteurs qui interviennent sur la BRVM, pour protéger l’épargne des investisseurs. Le deuxième, l’OPCVM (Organisme de Placement Collectif en Valeurs Mobilières), une structure qui collecte l’argent de plusieurs épargnants et l’utilise pour constituer un portefeuille diversifié d’actions et d’obligations. On y revient juste en dessous : c’est un outil particulièrement utile pour un débutant.
Est-ce vraiment risqué ?
Oui, il y a un risque. Toute action peut perdre de la valeur, ça ne se cache pas. Mais le risque n’est pas plus élevé à la BRVM qu’à New York ou à Paris. C’est le même mécanisme, avec les mêmes règles de base. Ce qui change, c’est la perception : beaucoup de gens ont plus peur d’investir chez eux, en Afrique, que d’investir dans une entreprise américaine qu’ils ne connaissent même pas, juste parce que le nom « Apple » leur est familier et pas le nom « Sonatel » ou « Ecobank ».
Et pourtant, ce sont des entreprises connues au quotidien. Sonatel, c’est un réseau téléphonique. Ecobank, c’est peut-être une banque déjà utilisée. Ces entreprises publient leurs comptes, sont contrôlées et suivies par l’AMF-UMOA, exactement comme les bourses occidentales ont leurs propres régulateurs.
Le vrai risque, ce n’est pas la BRVM en tant que telle. C’est de mettre tout son argent sur une seule action, sans diversifier. C’est ça qui peut faire perdre gros, pas le fait d’investir dans la région.
Quoi acheter à la BRVM
Trois produits principaux, et comprendre la différence entre les trois est la clé de tout ce qui suit.
Le premier, les actions. Prenons Sonatel, l’opérateur téléphonique. Acheter une action Sonatel, c’est devenir copropriétaire d’une infime partie de cette entreprise. Si Sonatel fait des bénéfices, il est possible de toucher des dividendes. Si sa valeur monte, il est possible de revendre sa part plus cher qu’achetée. C’est le produit le plus dynamique, mais aussi le plus volatile : sa valeur peut monter comme descendre, parfois fortement.
Le deuxième, les obligations. Là, pas de copropriété. L’État du Bénin émet régulièrement des obligations pour financer des projets publics. Acheter une obligation d’État, c’est prêter simplement de l’argent au Bénin, et en échange, recevoir des intérêts fixes chaque année, sur une durée déterminée à l’avance. Beaucoup plus prévisible qu’une action, et généralement plus sécurisé.
Le troisième, les FCP (fonds communs de placement, aussi appelés OPCVM). Ici, on n’achète ni une action précise, ni une obligation précise, mais une part d’un fonds déjà construit par des professionnels, qui répartit l’argent sur plusieurs actions et obligations à la fois. Un FCP peut contenir un peu de Sonatel, un peu d’Ecobank, un peu d’obligations d’État, tout ça dans un seul produit. C’est l’option la plus adaptée pour débuter sans choisir soi-même chaque titre, parce que le risque est automatiquement réparti sur plusieurs entreprises.
Une différence à retenir, parce qu’elle explique tout ce qui suit : les actions et les obligations, on les choisit soi-même, une par une. Les FCP, quelqu’un d’autre les a déjà composés.
Comment ouvrir un compte et commencer
Deux types d’acteurs à la BRVM, et le choix de l’un ou de l’autre dépend directement de ce qu’on veut acheter.
Pour choisir soi-même ses actions et obligations (la gestion libre), il faut passer par une SGI, une Société de Gestion et d’Intermédiation. Au Bénin, par exemple SGI Bénin S.A ou SGI Africabourse. Avec une SGI, c’est l’investisseur qui décide quoi acheter, quand, et en quelle quantité. Notre annuaire des SGI agréées recense les structures disponibles dans toute la zone UEMOA.
Pour laisser un professionnel composer un FCP diversifié, on passe plutôt par une SGO, une Société de Gestion d’OPCVM. Au Bénin, par exemple SOAGA S.A ou l’Africaine de Gestion d’Actifs. Avec une SGO, le fonds est déjà construit, il suffit d’en acheter des parts. C’est généralement l’option recommandée pour débuter, parce que tout le travail de sélection est déjà fait. Retrouvez la liste complète sur notre annuaire des sociétés de gestion d’OPCVM.
Ce ne sont pas des recommandations personnalisées : il existe d’autres SGI et SGO au Bénin et dans les autres pays de la zone UEMOA.
Les documents généralement demandés : un formulaire d’ouverture fourni par la SGI ou la SGO, deux photos d’identité, une pièce d’identité, un justificatif de domicile, un IFU, et un RIB. Pour la diaspora : si les virements viennent d’un compte en France, en Belgique ou ailleurs, c’est le RIB de ce compte étranger qu’il faudra fournir. Si l’argent part plutôt d’un compte local au Bénin, c’est le RIB de ce compte local qui sera demandé.
Côté coûts, ça varie beaucoup d’une structure à l’autre : on parle généralement de 10 000 à 50 000 FCFA pour ouvrir un compte, selon la SGI ou la SGO, et parfois plus selon les frais additionnels. Certaines SGO ont même des frais de création de compte quasiment nuls. Une fois le dossier déposé, le compte est généralement actif entre 48 et 72 heures.
Ce que personne ne vous dit
Voici quelque chose à retenir de cet article, plus que n’importe quel chiffre : tous les jours, vous financez déjà des entreprises africaines. En payant une facture de téléphone, vous financez une entreprise de télécommunications. En déposant de l’argent à la banque, vous financez une banque. Ces entreprises existent grâce à des clients comme vous.
Mais il y a une différence énorme entre financer une entreprise en tant que client, et la financer en tant qu’actionnaire. En tant que client, l’argent sort de la poche et ne revient jamais. En tant qu’actionnaire, c’est l’inverse qui peut se produire : si l’entreprise fait des bénéfices, une partie de cet argent peut revenir, sous forme de dividendes. On arrête de seulement payer, on commence aussi à être payé.
C’est ce qu’on peut appeler devenir actionnaire de son propre continent. Pas juste une formule : un changement de posture. On arrête d’être uniquement consommateur des entreprises qui nous entourent, pour devenir aussi un peu propriétaire de leur réussite.
Pour voir concrètement ce que ça donne sur la durée : investir 50 000 FCFA chaque mois, à travers un FCP ou des actions à la BRVM. Historiquement, sur longue période, l’indice de la BRVM a généré en moyenne autour de 10 % de rendement par an (pas garanti chaque année, mais c’est la moyenne observée sur le long terme). En gardant ces mêmes 50 000 FCFA de côté chaque mois, sans jamais investir, après 20 ans, le total serait de 12 000 000 FCFA. En les plaçant à la BRVM avec ce rendement moyen de 10 %, le capital atteint environ 38 000 000 FCFA après 20 ans.
12 000 000 FCFA d’un côté, 38 000 000 FCFA de l’autre. Plus du triple, pour le même effort, la même discipline, chaque mois. Ce chiffre repose sur une moyenne historique, pas sur une garantie : la bourse monte, mais elle descend aussi certaines années.
C’est particulièrement vrai pour la diaspora. À des milliers de kilomètres du Bénin, l’argent, lui, peut rester connecté à l’économie de la région d’origine, pas seulement à travers les transferts envoyés à la famille, mais aussi à travers des parts d’entreprises détenues directement.
Ce qu’il faut retenir
La BRVM existe depuis plus de 25 ans, elle est solide, et elle n’est pas plus risquée que n’importe quelle autre bourse dans le monde, à condition de diversifier et de ne jamais tout miser sur une seule action. Un compte-titres, ce qu’on peut y acheter (actions, obligations, ou FCP), et comment ouvrir un compte selon qu’on préfère la gestion libre ou déléguer ce choix à des professionnels : voilà l’essentiel pour se lancer.
Vous financerez de toute façon les entreprises africaines, soit en achetant leurs produits, soit en achetant leurs actions. Dans un cas vous payez. Dans l’autre, on vous paye.